De la théorie aux décisions : comment maîtriser l’essentiel pour concevoir et valider des dispositifs d’assainissement en milieu non desservi

Concevoir un dispositif d’assainissement en milieu non desservi, ce n’est pas que choisir une technologie et la dimensionner. C’est d’abord poser un diagnostic solide, puis dérouler une logique défendable, du terrain jusqu’au livrable final, en s’appuyant sur un cadre légal, réglementaire et normatif exigeant. À la clé : des installations pérennes, des décisions plus sûres, et des risques évités, tant sur le plan environnemental que financier.

Christian Vézina, ingénieur, expert-conseil chez Avizo Experts-conseils et formateur chez Genium360 depuis 2011, voit passer ces enjeux au quotidien. Fort de décennies de pratique en assainissement décentralisé, il insiste sur un point central : dans ce domaine, « la rigueur n’est pas un luxe, c’est une assurance ».

Une discipline « à risque » qui ne tolère pas l’à-peu-près

Christian Vézina cumule 35 ans d’expérience en assainissement des eaux. Il raconte avoir orienté sa pratique dès le milieu des années 1990 vers l’assainissement autonome, en développant progressivement ses connaissances et ses compétences sur le terrain.

Selon lui, l’assainissement décentralisé est aujourd’hui « très bien encadré » : par la réglementation provinciale, mais aussi par les ordres professionnels. Il mentionne notamment le travail de l’Ordre des ingénieurs du Québec, qui a développé un profil de compétences pour les ingénieurs pratiquant dans ce champ. « J’ai eu la chance et l’honneur de participer à l’élaboration de ce profil de compétences », souligne-t-il.

Si cet encadrement s’est renforcé, c’est aussi parce que la discipline comporte des risques importants. « C’est considéré comme une discipline qui est à risque : à risque sur le plan environnemental, à risque sur le plan de la santé publique », rappelle Christian Vézina.

D’où l’objectif, selon lui, de mieux outiller les praticiens et d’élever le niveau de pratique : « On avait constaté qu’il y avait beaucoup de lacunes en ce qui concerne les compétences, d’où l’intérêt de développer ce profil de compétences. »

L’étude de caractérisation : le socle qui protège tout le projet

Dans le contexte ICI, une étude de caractérisation rigoureuse n’est pas une formalité. Elle conditionne la qualité de tout ce qui suit : le choix de la filière, le dimensionnement, la compatibilité avec les contraintes du site.

Christian Vézina est catégorique : « La base derrière tout ça, c’est l’étude de caractérisation du site et du terrain naturel, donc tout repose là-dessus. » La raison est simple : la sélection de la technologie et son dimensionnement dépendent directement de la compréhension fine du terrain naturel et des sols en place. « Il faut que le professionnel maîtrise bien les notions en pédologie, connaisse bien les sols, et soit en mesure de caractériser adéquatement ces sols-là », dit-il, afin de « sélectionner le meilleur dispositif qui va être compatible avec les contraintes ».

Lorsque cette étape est écourtée ou mal réalisée, la chaîne de décision se fragilise et le projet peut basculer dans une mauvaise direction. « Ça peut orienter sur un mauvais choix, une mauvaise conception des ouvrages », avertit Christian Vézina. Les conséquences, elles, sont rarement théoriques : dysfonctionnements, résurgences, impacts sur l’environnement et la santé publique. « Risque de résurgence en surface, des résurgences d’eaux non traitées ou mal traitées », énumère-t-il, avant d’ajouter : « Ça va engendrer un risque au niveau environnemental : contamination de la nappe phréatique, contamination des eaux de surface, et également un risque au niveau santé publique. »

Et quand la durée de vie du système est écourtée par une conception inadéquate, le risque financier devient bien réel : « Il y a un risque financier au bout de tout ça parce qu’on devra remplacer les ouvrages qui sont en place. »

Maîtriser BNQ et Guide ministériel : rendre ses choix défendables

La compétence technique ne suffit pas si elle n’est pas articulée à la norme. Pour Christian Vézina, le passage de la théorie aux décisions suppose de connaître le cadre qui rend un projet acceptable, solide, et défendable. « Pour le professionnel, il est très important de maîtriser premièrement le cadre légal, ensuite le cadre réglementaire et ensuite le cadre normatif », résume-t-il.

C’est là que les normes du BNQ prennent tout leur sens. Pourquoi ? Parce qu’un dispositif d’épuration des eaux usées intègre plusieurs composantes qui doivent être certifiées. « Il y a plusieurs composantes qui s’intègrent dans un dispositif d’épuration des eaux usées qui doivent être certifiées », rappelle Christian Vézina. Il évoque notamment « les fosses septiques », « les types de conduite » ou encore « les technologies qui sont utilisées pour faire l’assainissement des eaux ». Chacune de ces composantes est encadrée par des exigences de certification, ce qui impose une vigilance constante dans la conception.

Autrement dit, ne pas maîtriser ces références, c’est prendre le risque de fragiliser la filière, et, au besoin, de ne pas pouvoir justifier ses choix face à un client, une autorité ou un tiers.

La formation comme accélérateur, et le terrain comme juge de paix

Dans son approche pédagogique, Christian Vézina distingue nettement connaissances et compétences. La formation continue, dit-il, sert d’abord à développer des connaissances. « Tout ce qu’on peut acquérir en formation continue, c’est vraiment des connaissances. La compétence, elle, va se développer sur le terrain, dans la pratique », insiste-t-il.

C’est ici que la formation peut agir comme accélérateur : elle structure l’essentiel, outille la lecture du terrain, clarifie les exigences, et prépare les participants à faire de meilleurs choix, plus rapidement, avec un raisonnement plus solide. Mais, pour les personnes qui débutent, elle doit idéalement s’accompagner d’un encadrement. Christian Vézina le formule clairement : un professionnel qui se lance dans cette discipline « devra être encadré par quelqu’un » qui pourra « juger de sa compétence, améliorer ses compétences, l’accompagner dans son développement professionnel ».

Sa valeur ajoutée, il la résume sans détour : il n’enseigne pas en théoricien. « Je ne suis pas un théoricien, je suis vraiment un praticien », dit-il. Ce positionnement se reflète dans sa façon d’enseigner : « J’apporte des études de cas, des cas typiques vécus sur le terrain », et c’est précisément ce que les participants, selon lui, « apprécient beaucoup ». À ses yeux, ces retours d’expérience font le pont entre les notions et les réflexes opérationnels : « C’est vraiment cette transmission des connaissances et compétences que j’ai acquises au cours des 35 dernières années. »

Trois repères pour décider avec confiance

S’il devait livrer un message clé à une personne qui se lance, Christian Vézina commencerait par une mise en garde contre la banalisation de mandats jugés « petits », notamment au résidentiel. « Les gens s’imaginent que, étant donné que ce sont de petits mandats de quelques milliers de dollars, [on peut] les prendre un peu à la légère… alors que c’est totalement l’inverse », tranche-t-il. Dans cette discipline, la taille du mandat ne dit rien de son niveau de risque.

Ensuite, il recommande de bâtir des fondations robustes en pédologie et en hydrogéologie, pour « comprendre le comportement du mouvement de l’eau au niveau des sols ». Enfin, il invite les praticiens à s’appuyer sur un repère structurant : « Je recommande souvent aux gens de premièrement prendre connaissance du profil de compétences qui est disponible sur le site de l’Ordre des ingénieurs », afin d’« affiner leurs connaissances et développer leurs compétences » en cohérence avec ce référentiel.

Dans un secteur où une décision insuffisamment étayée peut coûter cher, la rigueur n’est pas seulement une obligation : c’est une stratégie. Celle qui permet, concrètement, de passer de la théorie aux décisions.

Consultez cette page pour obtenir les prochaines dates des formations de Christian Vézina.

 

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